"La Ville d'or", 1955-1956, huile sur toile, 150x100 cm
Anne Bonnet (1908-1960) fut une artiste belge cofondatrice de "la Route Libre" avec Gaston Bertrand et Louis Van Lint et de la Jeune Peinture belge en 1945.
Elle participa à diverses expositions internationales du groupe et participa aux biennales de Venise, de São Paulo et à Documenta II.
Après ses débuts animistes (réalisme intimiste) sous l'influence de James Ensor, elle évolua vers une abstraction géométrique, mais sensible, "abstraction référente", partant de la réalité pour s'en éloigner ...
Chez Anne Bonnet, la matière se veut dense et expressive, la couleur participe à la construction.
Femme discrète, Anne Bonnet parcourut l'univers pour le transformer en une poétique sensible qui, dans ses meilleurs moments, n'est pas sans évoquer Paul Klee. "Tout comme Klee, elle combine subtilement les couleurs par ajout de taches et de marbrures de tons différents. Comme lui, Anne Bonnet joue d'effets de texture, la peinture étant appliquée tantôt en aplat minces, tantôt en couches grumeleuses et griffées."
Je suis tombée sous le charme de cette peintre qui mériterait d'être d'avantage connue.
"Totem", 1953, Huile sur Toile, 115x87 cm
"Cité interdite", 1956, huile sur toile
"Prendre l'essentiel d'un sujet tant en formes qu'en couleurs et atteindre l'expression maximum sans tomber dans la sécheresse." Anne Bonnet
"Lorsqu'on se penche pour la première fois sur l'œuvre d'Anne Bonnet, on est à la fois étonné et attiré par le mystère que l'on sent planer aussi bien sur l'artiste que sur ses toiles. Mystère de cette femme calme, mélancolique, presque trop fragile pour concevoir les œuvres puissantes, équilibrées et particulièrement significatives qui porte sa signature. La clé de ce mystère, c'est Anne Bonnet elle-même." Gisèle Ollinger-Zinque,
Source : Art Belge, Michael Palmer, Editions Racine.
Image monumentale de joie et d'énergie, La Danse est aussi une oeuvre remarquablement audacieuse. Matisse peignit cette toile tout en préparant une décoration commandée par un collectionneur moscovite. La version finale de cette scène, la Danse (II), fut montrée à Paris en 1910.
D'une composition presque identique à ce tableau, sa simplification du corps humain fut décriée comme inepte ou délibérément grossière. On remarqua également le rendu radicalement plat de l'ensemble : l'absence de perspective et de raccourcis fait apparaître de la même taille les figures proches et lointaines et le ciel comme un large aplat bleu. Cela est également vrai pour la première version.
Ici, la figure de gauche avance dans un but précis; la force de son corps est accentuée par la ligne courbe continue, qui va de son pied en arrière jusqu'à sa poitrine. Les autres danseuses sont si légères, qu'elles semblent s'envoler.
A peine esquissée, la femme de droite a un pied qui se dissout dans la fluidité de la peinture, tandis qu'elle se tourne.
Le bras de la danseuse qui est à sa gauche s'étire littéralement pour atteindre la main de celle qui mène la danse, l'élan ayant brisé la ronde.
Les bords de la toile semblent avoir du mal à contenir le tournoiement des danseuses.
Extrait du Catalogue du MOMA
"La danse signifie rythme et vie" Matisse
La danse II - 1909
Huile sur toile 260 x 391 - Hermitage Museum
Je suis tombée en extase devant ce tableau à l'Hermitage à St Petersbourg...
Tout comme aujourd'hui, une vive émotion m'envahit en regardant cette vidéo fabuleuse qui montre bien le rythme et la vie ... intégrée en différents paysages infinis ... Un vrai bijou. Quelle joie. ♫♪
Le peintre James Ensor est né il y a 150 ans.
A cette occasion, ING, le Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers et le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ont décidé d'unir leurs forces et présentent de toutes belles expositions.
Pour comprendre l'oeuvre d'Ensor, peintre et graveur d'exception, les historiens de l'Art nous indiquent qu'il faut connaître sa vie.
Cet article ne se veut que donner quelques touches de sa vie, de sa pensée, de son oeuvre.
Ensor naît de père anglais, riche et bourgeois, ingénieur, qui sombre très vite, hélas, dans l'alcoolisme et décède très jeune. C'est pourtant le seul de sa famille à avoir cru à la carrière du peintre.
"Portrait du père de l'artiste", 1881
La mère du peintre est ostendaise, de classe sociale modeste, qui tient une boutique de souvenirs, bibelots, coquillages et masques.
"Portrait de la mère de l'artiste", 1882
Ensor va très vite, dès lors, vivre dans un monde très féminin, entouré en outre de sa grande-mère et de sa tante.
Son atelier se situe dans la boutique familiale. Il a vu sur les toits d'Ostende.
"Les toits d'Ostende", 1884
De belle prestance, Ensor est quelque peu narcissique (il a peint 122 autoportraits), de caractère ombrageux et angoissé, obsédé depuis sa prime jeunesse par la mort.
Mais il y a la mer, toute proche, la campagne flamande, la boutique emplie de merveilles, la ville et le Carnaval d'Ostende.
Ne voyageant pas, il peint tout ce qui lui est proche,
"Le phare d'Ostende", 1885
"Carnaval sur la plage", 1887
Il quitte sa ville pour suivre les cours à l'Académie de Bruxelles. Il considère qu'il n'y apprend que peu de choses, mais ce qui est important à ses yeux, ce sont ses collègues.
En effet, dans sa vie de peintre, ses compagnons joueront un rôle important, entres autres : Fernand Khnopff, Léon Hoyoux, Willy Finch, Théo Hannon.
"Portrait de Willy Finch au chevalet", 1882
"Portrait de Théo Hannon", 1882
En 1884, il compte parmi les fondateurs du groupe des XX, cercle d'avant-garde qui allait exposer Seurat, Gauguin, Van Gogh et Cézanne..
Méconnu pendant ses années de génie, Ensor fut fêté dans sa vieillesse.
A de nombreuses reprises, en effet, ses œuvres font l'objet d'attaques violentes à propos de son mélange de bouffonnerie et de cauchemar qui caractérise le génie d'Ensor, mélange dont il n'existe d'équivalent que chez Goya.
"Masques devant la mort"
"L'intrigue", 1890
L'historienne de l'Art, Francine-Claire Legrand, a écrit un livre remarquable sur Ensor, dont je me permets de citer ici quelques extraits.
"Ensor appartient à la race des génies précoces.
A vingt ans, il accède à la maturité. Son geste est assuré, sa matière nourrie, sa palette tantôt stridente, tantôt d'une douceur pénétrante, tantôt sombre et réchauffée de lueurs. Il a sa place dans l'avant-garde.
"Vue de la plaine des Flandres, 1876
"Les deux moulins", 1880
Entre vingt-six et trente-deux ans, il bouleverse toutes les règles établies comme une rafale d'orage. Impossible de suivre encore ce novateur hors série. (...)
"Nature morte au canard", 1880
"Fleurs et légumes", 1896
"L'entrée du Christ à Jérusalem", 1885
"Vieille femme aux masques", 1889
Ses inventions ont échappé au contexte de l'époque, ses prouesses picturales sont en marge des techniques traditionnelles.
Une dynamique curviligne emporte son pinceau au travers des clartés d'aurore. Le drame cosmique fait explosion dans son oeuvre. (...)
"Adam et Eve chassés du paradis terrestre" Etude de lumière, 1887
"Après 'orage", 1880
Ensor demeure fasciné par l'être de solitude en son enveloppe charnelle. L'énigme de la condition humaine dans les espaces en mouvement excite son imagination. Il guette la mort embusquée sous les grimaces et squelettes en action sous les chairs.(...)
L'étonnement du masque Wouse", 1889
"Portrait de l'artiste entouré de masques", 1889
Lorsqu'Ensor meurt à quatre-vingt-neuf ans, il est à la fois célèbre et méconnu, victime de l'accélération des mouvements artistiques, dont il a le premier subi les effets.
N'a-t-il pas exploré en quinze ans plus d'un demi-siècle de peinture, partant du naturalisme, le transcendant par la monumentalité et l'esprit de synthèse, adoptant la peinture claire, mais s'en servant pour passer au-délà de la lumière, découvrant tour à tour la dimension du rêve, le pouvoir absolu de la couleur, la liberté de former ou de déformer au gré de son impulsion, puis réunissant en un bouquet trop éclatant le symbolisme, le fauvisme, l'expressionnisme ?"
Francine Claire-Legrand, "Ensor, précurseur de l'Art Moderne" , La Renaissance du livre, 1999
James Ensor, 1908, "La mangeuse d'huitres"
La mangeuse d'huitres m'a terriblement impressionnée ...Elle appartient à la période dite "claire" de James Ensor. Lumières, couleurs, équilibre, composition... Il se dégage une clarté inouie !
"Quelle joie, quelle fête, quelle liesse de couleurs répandues sur la table où la mangeuse a pris place ! Bouteilles, verres assiettes, citrons, vins, liqueurs s'influencent, se pénètrent de lueurs, entrent pour ainsi dire les uns dans les autres et maintiennent quand même, triomphantes, la solidité et la rigueur de leurs formes", Emile Verhaeren, 1908
"La cabine de bain", 1876 (peinte à l'age de 16 ans)
"Marine au nuage blanc", 1884
La mer suscite pour Ensor de douces effusions. "Ici je deviens mélancolique et voudrais habiter une grande cabane devant la mer. Je la tapisserais de coquillages nacrés et dormirais là, idéalement bercé par le bruit de la mer avec une belle fille flegmatique et blonde à la chair salée. Quel rêve délicieux et réalisable ! ..." Ensor
Deux tableaux durant la période majeure dès 1885 où Ensor aborde le côté fantastique. Se produit un changement radical. Les couleurs sont fortes (alors que le fauvisme n'est pas encore né) et les touches sont serrées et rapides. A cette époque, Ensor est en proie au doute, aux angoisses; il est perturbé et devient révolté.
"Les tribulations de Saint-Antoine", 1887
"La chute des anges rebelles", 1889
"L'art est fille de douleur et sauf de rares instants, j'ai pactisé avec les amertumes et les désillusions. J'ai été livré aux angoisses de la création, je suis tout seul ici devant la sévère peinture. La peinture est un art absorbant et terrible, elle ne donne jamais entière satisfaction." James Ensor
Photographie de James Ensor
150 ans après sa naissance, James Ensor fascine toujours.
Mais est-il vraiment démasqué ... ?
Zao Wou-Ki est né le 13 février 1921 à Pékin au sein d’une famille de grands lettrés chinois appartenant à la famille Tsao, de la très ancienne dynastie Song
Il passe son enfance à étudier la calligraphie, puis la peinture chinoise et occidentale à l'école des Beaux-arts de Hangzhou.
Il est formé au croisement des deux traditions qui se partagent la formation des jeunes artistes, la tradition chinoise et l'académisme européen
En 1948, à 27 ans, Zao Wou-Ki part pour la France et s'installe à Montparnasse. Il fréquente l'Ecole des Beaux-Arts. Il rencontre Sam Francis,
Riopelle, Soulages, Hartung, Giacometti, Vieira da Silva.
Son style figuratif traditionnel chinois s'oriente progressivement vers l'abstraction lyrique, ses dernières créations faisant la synthèse entre l'art chinois et l'art occidental.
"Zao Wou-Ki est l'un des plus illustres représentants de l'abstraction lyrique. A travers son œuvre, il réussit la synthèse entre les moyens techniques de son héritage extrême oriental, et l'ambition plastique et poétique de l'abstraction lyrique occidentale."
Zao WouKi alterne peinture à l'huile, techniques de la gravure, calligraphie et peinture à l'encre de Chine.
A 90 ans, il apporte une dernière pierre à l'édifice de son oeuvre et réalise pour la première fois des vitraux.
En 1964, Zao Wou-Ki obtient la nationalité française grâce à André Malraux.
Titulaire de différents prix et distinctions honorifiques, Zao Wou-Ki a également été élu en 2002 membre de l'Académie des Beaux-Arts.
Je n'ai malheureusement pas pu identifier les titres de toutes les superbes œuvres reprises dans ce modeste article sur un des plus grands des peintres contemporains.
"Hommage à Claude Monet"février-juin 1991
Ce superbe triptyque est un hommage à Claude Monet qui évoque d’une part le pont et les nymphéas de Giverny et d’autre part le pont que Zao Wou-Ki est parvenu à jeter entre la peinture chinoise et la peinture occidentale.
"Zao Wou-Ki aime le jeu de l’eau et des reflets. Déjà à l’époque à Hang-Tcheou, il était fasciné par la multiplicité de l’espace à la surface de l’eau, la légèreté de la lumière ou son épaisseur entre le lac et le ciel. Peut-être dans la peinture de Monet a-t-il retrouvé des ponts qui lui ont plu et qui lui ont permis d’avancer." Yann Hendge, historien d'Art et assistant de Zao Wou-Ki
"09.09.80"
"Ce que je cherchais à voir c’était l’espace, ses étirements et ses contorsions et l’infinie complexité d’un bleu dans le minuscule reflet d’une feuille sur l’eau." Zao Wou-Ki
04-08-1993
74 x 59 inches (162 x 150 cm)
"Hommage à Henri Michaux" Triptyque
78 x 228 inches (200 x 750 cm)
21-08-1995
78 x 64 inches (200 x 162 cm)
"Peindre, peindre, – Toujours peindre – Encore peindre – Le mieux possible, le vide et le plein – Le léger et le dense – Le vivant et le souffle." Zao Wou-Ki
'01.04.76 Triptyque Hommage à André Malraux"
10 janvier 2001
51 x 64 inches (130 x 162 cm)
"Ce qui est abstrait pour vous est réel pour moi." Zao Wou-Ki
LES VIDEOS
1. L'art du vitrail chez Zao Wou-Ki :
2. Video sur l'exposition "Zao Wou-Ki - Estampes et livres illustrés" :http://www.youtube.com/watch?v=i4z_--YsFgo
"Des planches extrêmement rares de l'artiste et de ses débuts permettent de comprendre le cheminement artistique depuis 1948 jusqu'à nos jours."
On y voit notamment l'influence qu'a eu Paul Klee sur ce peintre fabuleux. Cette vidéo est extrêmement importante, mais malheureusement désactivée sur YouTube.
Je n"ai dès lors pu partager que son lien.
Un lien remarquable ... et pour moi un souvenir inoubliable, gravé à jamais en moi :)
J'ai eu la chance inouie de visiter la grotte avant 1963, date de sa fermeture.
Haut lieu de la préhistoire, Lascaux est un espace mythique à cause de sa découverte fortuite par un jeune garçon poursuivant son chien; par le rôle que la grotte joua pendant la Résistance et que Malraux évoque dans ses "Antimémoires"; parce que le public ne put visiter ses trésors que pendant moins de 20 ans.
Ses peintures datent de la préhistoire, vers 18 à 15.000 ans (18 à 15 mille) avant J.-C. C'est de l'Art pariétal, c'est à dire une peinture à base de pigments naturels sur une paroi rocheuse.