"Rien, moins que rien, pourtant la vie." Aragon

A la découverte de la beauté et de la vie ...

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samedi 18 décembre 2010

Ensor démasqué ... Autour des expositons à Bruxelles, à l'occasion des 150 ans de sa naissance

Ensor au chapeau fleuri, 1883


Le peintre James Ensor est né il y a 150 ans.
A cette occasion, ING, le Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers et le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ont décidé d'unir leurs forces et présentent de toutes belles expositions.

Pour comprendre l'oeuvre d'Ensor, peintre et graveur d'exception, les historiens de l'Art nous indiquent qu'il faut connaître sa vie.
Cet article ne se veut que donner quelques touches de sa vie, de sa pensée, de son oeuvre.
Ensor naît de père anglais, riche et bourgeois, ingénieur, qui sombre très vite, hélas, dans l'alcoolisme et décède très jeune. C'est pourtant le seul de sa famille à avoir cru à la carrière du peintre.

 "Portrait du père de l'artiste", 1881


La mère du peintre est ostendaise, de classe sociale modeste, qui tient une boutique de souvenirs, bibelots, coquillages et masques.

"Portrait de la mère de l'artiste", 1882


Ensor va très vite, dès lors, vivre dans un monde très féminin, entouré en outre de sa grande-mère et de sa tante.
Son atelier se situe dans la boutique familiale. Il a vu sur les toits d'Ostende.

 "Les toits d'Ostende", 1884

De belle prestance, Ensor est quelque peu narcissique (il a peint 122 autoportraits), de caractère ombrageux et angoissé, obsédé depuis sa prime jeunesse par la mort.
Mais il y a la mer, toute proche, la campagne flamande, la boutique emplie de merveilles, la ville et le Carnaval d'Ostende.
Ne voyageant pas, il peint tout ce qui lui est proche,

"Le phare d'Ostende", 1885


"Carnaval sur la plage", 1887


Il quitte sa ville pour suivre les cours à l'Académie de Bruxelles. Il considère qu'il n'y apprend que peu de choses, mais ce qui est important à ses yeux, ce sont ses collègues.
En effet, dans sa vie de peintre, ses compagnons joueront un rôle important, entres autres  : Fernand Khnopff, Léon Hoyoux, Willy Finch, Théo Hannon.

 "Portrait de Willy Finch au chevalet", 1882
 

 "Portrait de Théo Hannon", 1882


En 1884, il compte parmi les fondateurs du groupe des XX, cercle d'avant-garde qui allait exposer Seurat, Gauguin, Van Gogh et Cézanne..
Méconnu pendant ses années de génie, Ensor fut fêté dans sa vieillesse. 
A de nombreuses reprises, en effet, ses œuvres font l'objet d'attaques violentes à propos de son mélange de bouffonnerie et de cauchemar qui caractérise le génie d'Ensor, mélange dont il n'existe d'équivalent que chez Goya.

"Masques devant la mort"


"L'intrigue", 1890

 
L'historienne de l'Art, Francine-Claire Legrand, a écrit un livre remarquable sur Ensor, dont je me permets de citer ici quelques extraits.

"Ensor appartient à la race des génies précoces. 
A vingt ans, il accède à la maturité. Son geste est assuré, sa matière nourrie, sa palette tantôt stridente, tantôt d'une douceur pénétrante, tantôt sombre et réchauffée de lueurs. Il a sa place dans l'avant-garde.

 "Vue de la plaine des Flandres, 1876


 "Les deux moulins", 1880


Entre vingt-six et trente-deux ans, il bouleverse toutes les règles établies comme une rafale d'orage. Impossible de suivre encore ce novateur hors série. (...)

"Nature morte au canard", 1880


"Fleurs et légumes", 1896

"L'entrée du Christ à Jérusalem", 1885


"Vieille femme aux masques", 1889


Ses inventions ont échappé au contexte de l'époque, ses prouesses picturales sont en marge des techniques traditionnelles.
Une dynamique curviligne emporte son pinceau au travers des clartés d'aurore. Le drame cosmique fait explosion dans son oeuvre. (...)

 "Adam et Eve chassés du paradis terrestre" Etude de lumière, 1887


 "Après 'orage", 1880


Ensor demeure fasciné par l'être de solitude en son enveloppe charnelle. L'énigme de la condition humaine dans les espaces en mouvement excite son imagination. Il guette la mort embusquée sous les grimaces et squelettes en action sous les chairs.(...)


L'étonnement du masque Wouse", 1889
"Portrait de l'artiste entouré de masques", 1889


Lorsqu'Ensor meurt à quatre-vingt-neuf ans, il est à la fois célèbre et méconnu, victime de l'accélération des mouvements artistiques, dont il a le premier subi les effets.
N'a-t-il pas exploré en quinze ans plus d'un demi-siècle de peinture, partant du naturalisme, le transcendant par la monumentalité et l'esprit de synthèse, adoptant la peinture claire, mais s'en servant pour passer au-délà de la lumière, découvrant tour à tour la dimension du rêve, le pouvoir absolu de la couleur, la liberté de former ou de déformer au gré de son impulsion, puis réunissant en un bouquet trop éclatant le symbolisme, le fauvisme, l'expressionnisme ?"

Francine Claire-Legrand, "Ensor, précurseur de l'Art Moderne" , La Renaissance du livre, 1999


James Ensor, 1908, "La mangeuse d'huitres"


La mangeuse d'huitres m'a terriblement impressionnée ...Elle appartient à la période dite "claire" de James Ensor. Lumières, couleurs, équilibre, composition... Il se dégage une clarté inouie !

"Quelle joie, quelle fête, quelle liesse de couleurs répandues sur la table où la mangeuse a pris place ! Bouteilles, verres assiettes, citrons, vins, liqueurs s'influencent, se pénètrent de lueurs, entrent pour ainsi dire les uns dans les autres et maintiennent quand même, triomphantes, la solidité et la rigueur de leurs  formes", Emile Verhaeren, 1908



"La cabine de bain", 1876 (peinte à l'age de 16 ans)


"Marine au nuage blanc", 1884


La mer suscite pour Ensor de douces effusions.
"Ici je deviens mélancolique et voudrais habiter une grande cabane devant la mer. Je la tapisserais de coquillages nacrés et dormirais là, idéalement bercé par le bruit de la mer avec une belle fille flegmatique et blonde à la chair salée. Quel rêve délicieux et réalisable ! ..." Ensor



Deux tableaux durant la période majeure dès 1885 où Ensor aborde le côté fantastique. Se produit un changement radical. Les couleurs sont fortes (alors que le fauvisme n'est pas encore né) et les touches sont serrées et rapides. A cette époque, Ensor est en proie au doute, aux angoisses; il est perturbé et devient révolté.


"Les tribulations de Saint-Antoine", 1887


"La chute des anges rebelles", 1889


"L'art est fille de douleur et sauf de rares instants, j'ai pactisé avec les amertumes et les désillusions. J'ai été livré aux angoisses de la création, je suis tout seul ici devant la sévère peinture. La peinture est un art absorbant et terrible, elle ne donne jamais entière satisfaction." James Ensor


Photographie de James Ensor


150 ans après sa naissance, James Ensor fascine toujours.
Mais est-il vraiment démasqué ... ?

Lien d'une des l'expositions : http://www.ing.be/about/showdoc.jsp?docid=442920_fr&menopt=iso|ens|hom&WT.srch=1&WT.mc_id=690011_sea_FR&gclid=CJPvx5Hg9aUCFQZO4QodD17Gog

Vidéo


Visite de la maison Ensor à Ostende


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2 commentaires:

Jean-François a dit…

Bien chère Anne,
J'èspère ne pas vous avoir offensée en plaisantant. Vous savez, j'aime l'humour, ne m'en veuillez pas.
En parcourant de temps à autre votre site que je trouve très artistique et émouvant à la fois, j'y vois que tout comme moi, vous appréciez l'oeuvre remarquable de James Ensor. A son sujet, saviez-vous ceci : "Il est désormais surnommé , le "prince des peintres" mais il eût une réaction inattendue face à cette reconnaissance trop longtemps attendue à son goût : il abandonne la peinture et consacre les dernières années de sa vie exclusivement à la musique."
Bien amicalement. J.F. Marchelier

Anne a dit…

Non, je n'ai pas du tout été offensée... J'ai le sens de l'humour propre à mon ancienne profession.
Pour ce qui concerne Ensor, oui, je le savais qu'il s'était consacré à la musique. Merci de le préciser.